Pourquoi il est important d’étudier les Croisades ? III

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Voici le troisième et dernier article de la série dont l’objet était de répondre à la question du titre.

8- Mettre en évidence les grandes pages du djihad mené par d’illustres personnages musulmans :

Parmi les autres causes de cette étude il y a également le fait de mettre en exergue et en avant les grandes pages du djihad mené par de nombreux illustres musulmans injustement trop méconnus. Ainsi, il faut noter que la plupart des gens du côté musulman qui s’intéressent à ce sujet font porter toute la responsabilité de la victoire des musulmans sur Salâh al-dîn al-Ayyûbî, si celui-ci est sans conteste l’un des plus grands combattants pour la cause d’Allah de son époque et même de toute l’histoire de l’Islam, il est tout aussi certain qu’il ne fut pas le seul à porter le drapeau du djihad durant les guerres contre les Croisés. En effet, la liste des héros de cette histoire qui précédèrent Salâh al-dîn, furent ses contemporains ou lui succédèrent est très longue, malgré cela la plupart des musulmans ignorent leurs noms, qui connaît Mawdûd ?! Qui se rappelle encore de Saqmân ibn Ârtuq ou bien d’Âq Sanqar ?! Et ce ne sont là que quelques noms parmi la longue liste des illustres combattants dans le sentier d’Allah. En outre, qui connaît les détails de la vie des grands personnages musulmans de cette époque comme ‘Imâd al-dîn Zankî, Nûr al-dîn Mahmûd, fis du précédent, Nadjm al-dîn Ayyûb et bien d’autres grands héros de l’Islam ?!
Cette étude nous montrera donc que les efforts consentis pour la libération des terres d’Islam n’étaient absolument pas le fait uniquement de quelques individus mais étaient bel et bien collectifs et communautaires ; par ailleurs, cette étude nous rappellera qu’ils existent dans notre histoire des personnes très pieux et sincères que l’on n’imagine pas et donc que la Oumma a toujours été bien, l’ait et le sera jusqu’au Jours du Jugement.

9- Mettre en évidence le rôle des oulémas dans la libération des terres d’Islam du joug croisé :

De nombreux analystes intéressés par ces questions ont également négligé le rôle joué par les oulémas dans la libération des terres d’Islam du joug imposé par les ennemis croisés. En fait, on peut dire que quasiment seul le domaine militaire et de la guerre ont été l’objet d’études très fouillées. Cet état de fait constitue un écart de la vraie nature des choses et des sunan du changement concernant notre Oumma qui se doit avant toute chose de renforcer son lien avec l’idée du retour vers Allah, de l’application de la Charia ainsi que de la détermination à imposer les choses licites et à combattre l’illicite et le réprouvé. Et ce sont donc les oulémas sincères qui ont pour mission d’être ceux qui aideront les autres membres de la communauté à renforcer ce lien essentiel.
Notons que ce type d’oulémas était très nombreux lors de la période des Croisades ; néanmoins, peu d’auteurs et d’analystes se sont vraiment penchés sur ces hommes et le rôle qu’ils jouèrent lors de cette époque troublée. Il est certain que si nous n’étudions pas sérieusement cette question et donc que nous n’arrivons pas à comprendre le rôle que jouèrent les oulémas pendant les Croisades, nous ne pourrons pas comprendre le chemin à suivre pour trouver des solutions et sortir de la crise que nous connaissons depuis plusieurs siècles maintenant.

10- Comprendre que les conséquences des Croisades ne furent pas limités dans le temps mais qu’elles influent jusqu’à notre époque :

Nous étudions également les Croisades parce que les conséquences qui en découlèrent, qui sont incommensurables, ne se limitèrent pas aux deux cents ans que durèrent ces conflits, mais elles se prolongèrent, non pas pendant seulement quelques années, mais bel et bien pendant plusieurs siècles, on peut même affirmer qu’on voit encore les effets de ces guerres funestes jusqu’à nos jours.
Ainsi, il est possible de dire que l’une des conséquences les plus directes et manifestes de ces guerres est l’interruption de l’extraordinaire expansion civilisationnelle de l’Islam qui était alors à son apogée, et ce, jusqu’à l’intrusion des Croisés qui absorbèrent toutes les énergies et forces des musulmans dans les guerres qui opposèrent les uns et les autres. C’est ainsi que l’élan conquérant, créateur et civilisateur qu’avait connu le monde musulman durant plusieurs siècles successifs fut brutalement interrompu par ces guerres qui les épuisèrent et les détournèrent de la route vertueuse qu’ils suivaient jusqu’alors.
Par ailleurs – après ces guerres terribles – les Occidentaux s’emparèrent de l’immense héritage scientifique et culturel de l’Islam – ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne al-Andalus et la Sicile mais ça l’est un peu moins s’agissant du Châm – puis ils commencèrent à s’intéresser avec passion à la traduction de cet héritage et s’adonnèrent à son étude. Il ne fait aucun doute que c’est ce mouvement qui fut au cœur et à la source du renouveau de la civilisation européenne qui vit le jour à partir du XVe siècle et se prolongea jusqu’à notre époque.
Comme nous pouvons le constater, ces événements provoquèrent des changements décisifs pour le destin de l’humanité, ils amenèrent donc des peuples sur le chemin du déclin et de l’arriération et d’autres peuples sur celui de la grandeur et de la prospérité. Certes, cela n’est pas le seul facteur de la crise que connaît le monde musulman depuis plusieurs siècles, mais ces événements restent néanmoins l’un des facteurs les plus importants.

La comparaison entre les motifs des conquêtes musulmanes et ceux des Croisades :

Tout ce qui précède peut nous amener à évoquer et analyser les conquêtes musulmanes et donc à comparer ces dernières avec les Croisades. Un court examen de ce dernier point nous fait tout de suite comprendre qu’il y a un océan entre les deux que ce soit concernant leurs motifs respectifs, leurs moyens ou bien encore leurs conséquences.
Ainsi, les buts des musulmans dans leur élan conquérant étaient divers mais les principaux furent de libérer les peuples des jougs qu’ils subissaient, de faire connaître l’Islam à ces derniers sans les forcer ni les contraindre de même qu’il s’agit très souvent de protéger les musulmans des agressions flagrantes dont ils étaient l’objet de la part des diverses forces qui entouraient le monde musulman naissant.
Il est important de rappeler que les musulmans usaient lors des guerres de conquêtes qu’ils menaient de moyens que l’on peut qualifier d’ « humains ». Et, à ce propos, il est quasiment certain que ce sont les musulmans qui furent les premiers à comprendre et mettre en pratique ce qu’on appelle l’ « éthique de la guerre » ; ainsi, par exemple, on peut dire que ce qui différencie le plus les deux mondes est que les musulmans faisaient tout ce qui est possible pour éviter de s’en prendre aux civils innocents, de même qu’ils tâchaient de traiter au mieux les prisonniers de guerre ainsi qu’ils adoptaient une attitude fort noble et respectueuse avec les chefs adverses qui tombaient entre leurs mains.
Les conséquences et effets concrets des guerres musulmanes étaient totalement différents de ceux des guerres menées par d’autres civilisations ou peuples ; ainsi, alors que ces derniers, avec à leur tête les Croisés, ne cherchaient à travers la guerre qu’à anéantir la Civilisation universelle qui est le bien commun de toute l’humanité, les musulmans avaient pour préoccupation le fait de diffuser le savoir et la vertu afin de mener les peuples qu’ils conquéraient vers une vie meilleure faite de dignité et de progrès.
En guise de conclusion et de rappel nous appelons toute personne honnête et impartiale à regarder ce qu’était al-Andalus avent la venue de l’Islam et après, ce que fut l’Egypte avent l’Islam et après, ce que fut le Maghreb avant l’Islam et après, ce que furent Samarkand et Boukhara, les divers cités du Châm, du Yémen et de bien d’autres contrées avant qu’ils connaissent l’Islam et après. A chaque fois nous ne pouvons que constater que ce fut un changement radical vers le mieux, le bien et le beau, toutes ces contrées sont grâce à l’Islam passées d’un âge sombre et barbare à la Civilisation avec tout ce que cela implique comme critères. Il est donc nécessaire de constater que cela ne fut absolument pas le cas pendant et après la venue des combattants croisés en terre d’Islam, et d’ailleurs ce ne fut jamais le cas avec les guerres qui n’étaient pas guidées et motivées par la religion vraie et son éthique droite.

Dr Râghib al-Sardjânî, tiré de L’histoire des Croisades.
 

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