Garder le silence pour le bien de notre Ommah

3234 1036

Nous rêvons souvent d’une Ommah parfaitement unie. Puisque cela semble improbable à l’heure actuelle, nous pouvons faire quelques pas vers l’unification de notre communauté. Un simple hadith peut y contribuer de manière significative, car il protège nos relations de l’inimitié, chose qui renforce notre communauté, ce qui, au final, mène à l’unification. Ce hadith donne un simple conseil qui a de puissants effets.
« Un jour, une personne insultait Abou Bakr, qu'Allah soit satisfait de lui, alors que le Prophète () regardait tout en souriant. Après avoir subi beaucoup d’insultes sans répondre, Abou Bakr, qu'Allah soit satisfait de lui, répliqua. Le Prophète () montra alors sa désapprobation, se leva et s’en alla. Abou Bakr, qu'Allah soit satisfait de lui, le suivit et demanda : « Ô Messager d’Allah, il m’insultait et tu es resté assis. Quand je lui ai répliqué, tu as désapprouvé cela et tu t’es levé. » Le Messager d’Allah () répondit : « Il y avait un ange avec toi qui lui répliquait. Quand tu lui as répliqué, Satan (le diable) a pris la place de l’ange. » Il lui dit alors :
« Ô Abou Bakr, il existe trois vérités sures : si une personne subit un tort et qu’elle l’endure (sans chercher à se venger) uniquement pour plaire à Allah, exalté soit-Il, Allah, exalté soit-Il, l’honorera et lui permettra d’avoir le dessus avec Son aide ; si une personne se met à donner des cadeaux pour consolider les liens de parenté, Allah, exalté soit-Il, lui fera des dons en abondance ; si une personne se met à demander l’aumône pour augmenter sa fortune, Allah, exalté soit-Il, lui réduira ses biens. » (Ahmad, Musnad)
En Islam, nous apprenons à répondre par ce qui est meilleur. Parfois, lorsqu’on nous insulte, la chose la plus simple à faire est de répliquer ; mais comme le Prophète () nous l’a enseigné, si nous gardons le silence, alors un ange répond au calomniateur, ce qui est la meilleure défense que l’on puisse obtenir. D’aucuns pourraient continuer à se demander pourquoi nous devrions nous garder le silence quand l’autre personne est en tort ? Pour vraiment comprendre la sagesse derrière le fait de garder le silence, il faut faire preuve de savoir islamique et de clairvoyance.
Si la défense d’un ange ne semble pas être suffisante ou si elle ne contribue pas à contrôler votre langue, alors le fait d’analyser les effets du fait de garder le silence suffira sûrement.
Le rêve de redevenir une Ommah unie, dirigée par un Calife, gouvernée par la Charia’ (loi islamique), est un rêve que la plupart des musulmans partagent. Le rêve est certes lointain, mais l’unité est quelque chose qui peut être établie dans n’importe quelle communauté, quelle que soit sa taille. Si une personne est calomniée directement, son instinct immédiat est de répliquer pour défendre son nom, cependant, la personne s’arrête-t-elle pour penser aux effets de rester silencieux ? A supposer qu’il n’y ait pas de fitnah dans le fait de garder le silence, un visionnaire choisira sûrement la dernière voie qui préconise de garder le silence en raison de ses effets positifs. Avant tout, Allah, exalté soit-Il, préfère que nous gardions le silence, Il veut que nous fassions preuve de sabr (patience).
La manière de faire preuve de patience quand on est verbalement insulté est de rester silencieux. Dès qu’une personne répond à une revendication, ceci provoque la possibilité d’un débat animé, chose qui mène sûrement à la fragmentation d’une communauté, si le débat provoque la haine entre les parties adverses. Cependant, garder le silence éteint toute possibilité de débats stériles et de dissensions potentielles entre les membres d’une même communauté.
Deuxièmement, en tant que bons musulmans, nous devons accorder à nos frères et sœurs musulmans le bénéfice du doute. Il existe la possibilité que le calomniateur soit de mauvaise humeur et ait décidé d’exprimer sa colère contre la première personne qu’il croiserait ! Le fait de rester silencieux donnera au calomniateur une certaine perspective, et du temps pour réfléchir, à cause de l’absence de réaction immédiate. Par contre si celui qui est faussement accusé réagit immédiatement, ceci pourrait avoir l’effet négatif de mettre le calomniateur en position de défense (ce qui n’exige pas beaucoup de temps de réflexion), au lieu de lui donner le temps de penser. Le calomniateur remarquera immédiatement que l’autre personne est restée silencieuse, ce qui le poussera à reconsidérer ses affirmations. Sinon, au moins, vous n’aurez pas suscité de conflit avec un autre membre de la communauté musulmane.
Troisièmement, Allah, exalté soit-Il, promet quelque chose d’extraordinaire dans le Coran à ceux qui patientent. Dans la sourate Fussilate, Allah, exalté soit-Il, commence par conseiller aux croyants (sens du verset) «… Repousse (le mal) par ce qui est meilleur… » et dans ce cas-là, il s’agit de rester silencieux. Allah, exalté soit-Il, nous promet que, après avoir accompli la bonne action de rester silencieux, (sens du verset) «…celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux. » Allah, exalté soit-Il, fera de vos ennemis des amis si vous restez silencieux.
Telle est la vertu du fait de garder le silence. Le cœur de l’ennemi s’adoucit à tel point qu’il devient votre ami !
Ce hadith  est certainement une des clés de l’établissement de l’unité de la Ommah. Garder le  silence est non seulement bénéfique pour vous durant le Jour du Jugement,  c’est bon pour notre Ommah, et c’est également une solution à vos problèmes ; Allah, exalté soit-Il, promet de faire de votre ennemi un ami.
Rappelez-vous de garder le silence, l’acte même de se contrôler quand nous sommes provoqués, est aimé par Allah, exalté soit-Il. Le Prophète, , a dit :
« Allah, exalté soit-Il, remplira de satisfaction au Jour du Jugement le cœur de celui qui maîtrise sa colère alors qu’il a les moyens de réagir. » (al-Tabarâni)
La plupart d’entre nous peuvent contenir leur colère quand ils n’ont pas les moyens de réagir, mais la vraie épreuve est quand nous pouvons réagir mais que nous nous empêchons de le faire pour obtenir un bien encore meilleur. Le Prophète () nous a enseigné cela quand certains des gens de la tribu de Quraych l’appelaient Mudhammam (le hideux). Cette appellation s’est propagée à travers toute la Mecque. Ses compagnons furent terriblement blessés et furieux qu’il ()  soit tourné en dérision. Le Prophète () a essayé de calmer leur peine et leur a dit : « Ils n’insultent que Mudhammam, alors que mon nom est Mohammad. » (Boukhari)
Le Prophète () aurait pu réagir, mais cela l’aurait détourné de ses objectifs, et l’aurait poussé à être mêlé à quelque chose de moins important que ce pour quoi il était envoyé, à savoir inviter les gens à l’Islam.
Malheureusement, de nos jours, nous nous hâtons de réagir et de donner libre cours à notre langue, alors que le Prophète () a même dit une fois à Mu’âth Ibn Djabal, qu'Allah soit satisfait de lui : « Qu'est-ce qui précipite les gens dans le feu la tête la première (ou: le nez le premier), si ce n'est ce que leur langue a récolté?! » (al-Tirmidhi). La raison pour laquelle le Prophète () s’était levé après que Abou Bakr, qu'Allah soit satisfait de lui, eut répondu est que c’était Satan qui avait provoqué Abou Bakr, qu'Allah soit satisfait de lui,  pour qu’il réagisse. Satan avait amplifié le problème dans l’esprit de Abou Bakr, qu'Allah soit satisfait de lui. En effet, une fois que la personne répond, cela mène à un dialogue animé et l’inimitié s’installera probablement entre les deux hommes.
Comprendre la perspective de l’Islam vis-à-vis de la calomnie est essentiel, car cela renforce notre volonté. Sous la loi de la Charia, si un Musulman est calomnié, la preuve doit être apportée par le calomniateur. Ce qui signifie que la personne calomniée n’est pas obligée de se défendre dans une cours de justice islamique, mais c’est plutôt au calomniateur de réunir et présenter les preuves qui soutiennent ses revendications.
Dans notre système démocratique, ceci est connu par ‘innocent jusqu’à preuve du contraire’.
Quand ‘A‘icha, qu'Allah soit satisfait d’elle, fut accusée à tort d’un crime, la cours islamique a chargé le calomniateur de prouver ses revendications. Quand il en fut incapable, son châtiment fut de 80 coups de fouet. A travers tout ce processus, ‘A‘icha, qu'Allah soit satisfait d’elle, ne fut pas obligée de se défendre, selon la Loi de la Charia.
La leçon à en tirer est que si une personne calomnie un individu, l’innocent n’est pas obligé de se défendre. Une autre leçon à tirer de ce hadith est le châtiment qu’encourt le calomniateur. Si un calomniateur est puni par 80 coups de fouet dans ce monde, imaginez alors quel serait son châtiment dans l’au-delà s’il ne se repent pas.
Ceci est différent si nous voyons une personne maltraiter une autre, plus particulièrement quand cette dernière est plus faible. Comme nous le savons, le Prophète () a dit :
« Quiconque parmi vous constate quelque chose de condamnable qu’il le change avec la main. S’il ne le peut pas, qu’il le fasse avec la parole. A défaut, qu’il le désapprouve en son cœur, et cette attitude constitue le plus faible degré de la foi. » (Mouslim)
Ceci devrait être tempéré par l’exemple du Prophète () qui ne permettait pas à la colère de le dominer ou que des paroles grossières ne souillent son discours.
Cependant, si vous voulez vous défendre, vous en avez le droit. La sourate al-‘Imrân, mentionne que vous avez le droit de vous défendre jusqu’à obtenir justice, c'est-à-dire que vous pouvez uniquement vous défendre contre les accusations lancées contre vous et rien de plus.
Nous savons que ‘Uthmân, qu'Allah soit satisfait de lui, fut tué brutalement à la fin de son califat, par des gens qui avaient propagé des mensonges malveillants contre lui. Quand les insultes verbales et la calomnie prennent l’ampleur de la fitnah, il nous incombe à tous de réagir de manière appropriée. La sourate continue alors en  disant que les meilleurs d’entre vous sont ceux qui pardonnent. La sourate al-Nahl (Les abeilles), mentionne également que vous pouvez vous défendre uniquement contre une fausse accusation, mais que vous ne pouvez pas aller plus loin que cela. La sourate réaffirme encore une fois que si vous êtes patient, ceci est meilleur. La Sourate dit (sens du verset) : « Endure! Ton endurance [ne viendra] qu'avec (l'aide) d'Allah…» (Coran 16/127).
La sourate continue pour soutenir notre patience en disant (sens du verset) :
« …Ne t'afflige pas pour eux. Et ne sois pas angoissé à cause de leurs complots. Certes, Allah est avec ceux qui [L'] ont craint avec piété et ceux qui sont bienfaisants. » (Coran 16/127-128)
Dans le cas du Prophète () il était mieux de garder le silence, car les paroles de Quraych étaient vaines et réagir aurait été la pire des alternatives.
Par conséquent, dans ce scénario que nous vivons tous à un moment ou un autre de notre vie, le musulman avisé garde le silence quand il est verbalement agressé, car le silence garantit la défense d’un ange, le silence garantit une rétribution au Paradis, le silence garantit de suivre les pas du Prophète bien-aimé (), le silence garantit que les ennemis se transforment en amis et enfin le silence garantit une Ommah unie.

Articles en relation